Les États généraux du film documentaire 2014 Édito

Édito


« Notre début de siècle est particulièrement tourmenté et bouleversé, à la fois promesse de possibles et menace de replis et d’obscurantisme. Les rapports de force, de pouvoir et d’inégalité attisent les conflits mais aiguisent aussi les résistances. » C’est par ces premiers mots que nous amorçons la présentation de l’atelier consacré aux images des soulèvements et révolutions, pour signifier la nécessité d’interroger le temps du cinéma, celui de sa confrontation à un présent parfois écrasant et celui d’un saisissement ou d’une immersion qui doit composer entre distance et impression. L’antagonisme apparent nous rappelle une autre nécessité : l’engagement. Il faut le répéter et ne pas en atténuer la portée qui se traduit en actes.
Pour cette vingt-sixième édition des États généraux du film documentaire, nous avons décidé de marquer notre soutien au mouvement en cours des intermittents. Pour la première journée, nous arrêterons les projections de l’après-midi plus tôt qu’à l’habitude pour nous retrouver tous en un même lieu à l’occasion d’une rencontre : « La précarité, c’est pas du cinéma ». Ce temps d'échange, nous l’avons organisé avec l’aide d’Olivier Pousset, réalisateur participant à la Coordination des intermittents et précaires d’Île de France. Nous y avons convié Denis Gravouil, secrétaire général de la Fédération CGT spectacle, et Mathieu Grégoire, sociologue, expert auprès de la mission de concertation pour l’intermittence, pour rendre compte et débattre des conséquences de l'agrément de l'accord de l'Unedic et de l'importance des enjeux de la concertation en cours. En 2003, une réforme du régime de l’intermittence en avait durcit les conditions et avait accentué la précarisation des salariés les plus fragiles. Comment comprendre ou interpréter que les propositions du comité de suivi pour la réforme du régime d'indemnisation chômage des intermittents n'aient pas même été entendues ? Sous la pression, grâce aux premières grèves, aux manifestations, aux actions, aux prises de paroles et de position — tout ce qui participe d’un mouvement — une mission de concertation a finalement été mise en place. C’est un minimum et nous attendons avec intérêt le fruit de réflexions dont nous savons bien que les conséquences peuvent largement dépasser le seul régime des salariés intermittents du spectacle.
Cette année, contraints cette fois, nous avons également pris la décision de fermer une salle de projection pour compenser la perte importante d’une subvention européenne dont les nouveaux critères n’entrent plus en corrélation avec les objectifs des États généraux du film documentaire. Le festival doit, avant tout, demeurer un espace de réflexion et de rencontres, un lieu de confrontation des pratiques où l'expérience du film est partagée et discutée. Lussas doit rester cet espace critique, ce lieu où des films s'inventent et d’où l’on repart avec l’envie de faire.


Pascale Paulat et Christophe Postic