Les États généraux du film documentaire 2005 Ces films qui nous regardent

Ces films qui nous regardent


À regarder les films produits cette année, nous avons souvent été bouleversées.
Ils disent un monde qui disparaît, sans nouvelles promesses ; ils disent les ruptures et les départs non choisis, et jusqu’à la vie même qui quitte le corps.

C’est sûr, cela na va pas fort dans le monde. Le documentaire a du mal à le raconter et les réalisateurs à trouver une place face au marasme ou à la confusion. Sans doute la réalité économique du faire cinématographique a sa part. Les standards de la télévision, les modes de production défaillants ou purement absents désarment et épuisent, et enferment les réalisateurs chez eux.
Est-ce pour cette raison que les films explorent si souvent l’intime, le cercle le plus proche et facilement accessible ? Le mouvement n’est pas nouveau mais prend, cette année, une place considérable parmi les films que nous avons visionnés.

Pourtant, le monde qui nous revient n’est pas fermé / renfermé.
Pourtant, notre émotion n’est pas seulement de tristesse ou d’abattement.
Bonne nouvelle ! L’altérité, qui semblait avoir un peu disparu, ressurgit, ou tente de ressurgir.

Nous avons été surprises et marquées par la grande dignité des personnes filmées. Pas seulement victimes, pas simplement oies blanches, mais porteuses de valeurs vitales malgré leur ambivalence, malgré l’inconnu et la peur, la maladie ou la misère.
À chaque fois la dignité répond à l’adversité. Les films que nous vous présentons ne s’en tiennent pas au constat, ni au poster sociologique.
Et à nouveau le documentaire nous tourmente et nous grandit de cette question : « où commence l’altérité ? »
Loin et près de chez soi. Certains films nous font traverser les distances à la recherche non d’une différence mais d’une parenté qui renouvelle nos questions. À l’inverse, dans le cercle intime, la proximité se creuse d’une étrangeté et le réalisateur trouve une place qui n’est pas seulement celle du parent ou de l’ami.
Des figures singulières émergent qui ne referment pas l’énigme des êtres et ne provoquent pas la compassion.

Expérience vertigineuse d’une cruauté où l’on éprouve simultanément le sentiment d’appartenance à l’humanité et l’écart irréductible entre les êtres.

C’est à cette expérience que nous vous invitons à travers le parcours de films qui, selon des registres très différents, mettent en jeu une tension, un face-à-face très concret : entre un être et un événement qui le submerge, entre des personnes qui n’ont pas le même vécu mais dont l’une essaie de transmettre aux autres son expérience ou de leur venir en aide. Parfois ce face-à-face se joue plus frontalement entre le réalisateur et la personne qu’il filme.
Dans tous les cas, il se joue avec le spectateur : pris à témoin et à la fois engagé à ne pas faire « comme si » il était à la place des autres.