Yeux de la parole
David Daurier, Jean-Marie Montangerand
2017 - 82 min - Video 4K - Couleur - France

En pleine crise des migrants, alors que médias et politiciens s'égarent de clichés en portraits robots, le film présente l'un de ces êtres "fuyants", Fady Jomar, comme auteur-librettiste d'un opéra en langue arabe. "Kalila wa Dimna" a en effet été écrit après son départ de la Syrie - où Fady Jomar a été emprisonné pour ses activités de journaliste - lors du périple qui devait le mener jusqu'à la Turquie puis l'Allemagne. Ironie du sort, il est compliqué pour lui de venir assister aux répétitions de l'opéra qui ont lieu en France, du fait de son statut.
L'histoire de l’opéra emprunte à l'univers de la fable - un roi despotique y est effrayé par le succès populaire d'un poète, et finit par l'emprisonner puis le condamner à mort. Une telle trame narrative trouve de nombreux échos dans l’actualité : en Syrie ou en Erythrée, en Corée du Nord, mais aussi en Turquie, en Chine, en Russie...
L'histoire de "Kalila wa Dimna" aborde également les jeux de pouvoir et de manipulation, transposables dans nos démocraties occidentales.
Comment les adolescents perçoivent-ils les conflits du Proche et Moyen Orient ainsi que les crises migratoires qu'ils engendrent ? Que peuvent-ils en apprendre à travers une représentation artistique ?
L'idée du film est de rapprocher ces réalités, à travers les questions que soulèvent les artistes qui portent l'opéra, notamment Fady Jomar et Moneim Adwan, le compositeur, né dans la bande de Gaza.
Nous connaissons en France une montée de l'islamophobie, exacerbée par le traitement médiatique des attentats de 2015. La culture et la langue arabes font l'objet de nombreux préjugés et se trouvent souvent associés à l'idée d'un prosélytisme mortifère qui mène à la radicalisation et la folie meurtrière. À l'école, culture(s) et langue(s) arabes sont souvent absentes et les élèves issus de l'immigration ont rarement l'occasion de parler ces langues ou de les mettre en avant de manière positive.
Le tournage de ce film a justement été l'occasion pour des élèves d'étudier une œuvre classique et laïque de la littérature arabe, "Kalila wa Dimna", adaptée par Fady Jomar, et d'appréhender ainsi l'arabe comme une langue poétique et critique, un véhicule de la pensée et de l'intelligence humaine. Il a permis d’employer l’arabe dans l'enceinte de l'école, dont les jeunes font habituellement un usage exclusif à la maison.
Les fables de "Kalila Wa Dimna", écrites en arabe par Ibn al Muqafa au VIIIe siècle, furent reprises et transposées par Jean de la Fontaine quelques 900 ans plus tard.
Le documentaire met en avant la musique orientale, en plaçant le spectateur au cœur de la création d'un opéra, réunissant des artistes de tout le pourtour méditerranéen (palestiniens, libanais, turcs, marocains, tunisiens), au sein d'un des des plus grands festivals lyriques du monde, ayant lieu à Aix en Provence.
En creux de ce film qui se déroule dans un collège d’un quartier populaire de la ville, nous voulons prôner l'importance de l'initiation à l'art pour tous dès le plus jeune âge ; faire naître une émotion, un choc esthétique, complexifier, éclairer, ne pas rester dans l’ignorance qui n'engendre que mépris et haine.
À travers les yeux des élèves, les spectateurs sont curieux de découvrir l'histoire de Kalila wa Dimna, les richesses et subtilités d’un langage et d'une musique dont le caractère "étranger" se transforme petit à petit en une étrange familiarité. Car les questions soulevées par l’œuvre d'Ibn Al Muqaffa n'ont rien perdu de leur actualité.



Auteur-Réalisateur : David Daurier, Jean-Marie Montangerand
Image : David Daurier
Son : Jean-Marie Montangerand
Montage : Victor Rojas-Ulloa
Producteur délégué : Bel Air Media
Participation : CNC. COSIP

Distribution


Distributeur : Bel Air Media