Les États généraux du film documentaire 2018 Édito

Édito


Trentième édition des États généraux du film documentaire !

Le temps a passé vite tout au long de cet engagement obstiné et passionné au service du cinéma documentaire. D’autres projets improbables sont nés au fil des années, portés par l’énergie et la conviction des personnes qui se sont succédées dans les équipes qui constituent aujourd’hui le village documentaire. Nous avons tenu bon et nous persévérons pour maintenir l’esprit de Lussas. L’événement n’est-il pas de se retrouver, pour se confronter au réel des films et de leur projection, pour éprouver « la vivacité intranquille et la beauté du cinéma, sous les platanes exactement » disent l’une et l’un, ou pour voir « les champs alentour comme un film morcelé, oui, mais film malgré tout, totalement, tendrement, tragiquement » dit un autre.
Plus qu’une commémoration, ce que nous célébrons sans formalités c’est cette longévité et cet engagement aux côtés des spectateurs, des professionnels et de nos partenaires. Si nous nous retournons un instant vers le passé pour nous souvenir des chemins empruntés, nous restons ancrés dans le présent en poursuivant notre travail de recherche et de propositions qui accompagne le mouvement des films.
Par un regard rétrospectif et contemporain, nous interrogerons la permanence d’une forme lors du séminaire « Sauve qui peut le cinéma direct » ; une question qui avant même d’être explorée a déjà provoqué de nombreuses réactions. En parallèle dans une autre programmation, on pourra entendre : « Le cinéma direct et le refus des voix off idéologiquement marquées deviennent leurs stratégies communes. » Si les programmations d’« Histoire de doc » et de « Route du doc » s’intéressent à des pays qui n’existent plus, c’est bien par-delà les frontières, sans occulter l’histoire mais peut-être en l’abordant autrement et par le cinéma certainement : « Allons-nous enfin nous imaginer, et imaginer notre place, au présent ? Allons-nous enfin rencontrer le présent, et parler au présent ? »
« Être juste aux aguets » comme le dit une cinéaste, pour souligner une attention et une vigilance, l’imminence d’un regard et d’une écoute, nous avons aussi imaginé un parcours singulier, intitulé « Sur “le point de voir” » ; inspiré d’une expression empruntée à Fernand Deligny, « le point de voir », qui désigne par l’usage du verbe plutôt que du nom la part active, engagée de l’acte de voir. Nous avons convié des films et des personnes, fidèles et nouvelles, et avec elles se déploieront récit d’un film, mise en scène d’histoires de spectateurs, pensée(s), traversée vocale, poétique et ethnographique, silences, pour entendre la parole des uns et des autres, « il nous faut construire le temps de l’écoute et laisser éclore la parole de toutes celles et de tous ceux qui sont sans voix ».
L’esprit Lussas, c’est aussi un sentiment de rassemblement, de nos forces et de nos esprits. Les discussions s’animent dans l’obscurité des salles puis sous le soleil brûlant de l’Ardèche en été. En vous incitant à nous confier vos regards de spectateurs « sur le point de voir », ce qui se dessine déjà dans ce qui nous parvient pour « Chantier public » et que nous connaissons bien, c’est à quel point chacun se fait son Lussas, comme on se fait son cinéma.
Et pour finir, nous n’oublierons pas de fêter joyeusement cette trentième édition, avec une soirée de clôture exceptionnelle où nous ferons place au grand bal en nous déplaçant, d’un champ à l’autre…

Pascale Paulat et Christophe Postic