Les États généraux du film documentaire 2017 Docmonde

Docmonde


Si les films de cette programmation ont plongé leurs racines dans le même terreau fertile des formations menées en France (par l’École documentaire), sur le continent africain, en Eurasie, dans l’océan Indien ou les Caraïbes (au sein des différents programmes portés par l’association Docmonde), leur diversité nous prouve la vivacité de cinématographies très différentes.
À première vue, la récolte de cette année est foisonnante et chamarrée. Du Burkina Faso à la Sibérie, de la Géorgie à Madagascar, de Haïti au cinquième arrondissement de Paris, les douze films retenus ont poussé aux quatre coins du monde, sous un soleil plus ou moins vif. On y retrouve les couleurs attendues. Ces films permettent la découverte de l’autre et de l’ailleurs, car ceux qui les ont réalisés y portent un regard sur ce qui leur est proche, proximité qui leur permet d’accéder à des réalités plus complexes. C’est le cas dans Le Jour se lèvera, où la réalisatrice part à la rencontre de la maladie de sa mère et nous dévoile finalement les croyances et la crise identitaire du peuple haïtien. De la même façon, en tentant une discussion avec son père, architecte de la reconstruction d’après-guerre, Sarah Srage questionne l’urbanisation outrancière de sa ville d’origine dans Enfants de Beyrouth. Samuel Bigiaoui filme aussi son père dans sa quincaillerie pour dresser le portrait d’un microcosme parisien : vie de quartier, rôle social des petits commerçants et héritage de 68 (68, mon père et les clous). Philippe Gaubert raconte quant à lui la singularité du statut des blancs à l’étranger à travers le portrait de sa femme, Lili, Malgache insulaire (Être Vazaha). Filmer ce qui est proche pour créer un pont vers l’autre, vers l’ailleurs, un accès privilégié pour nous, spectateurs…
Regarder ces films ensemble nous amène à voir ce qui les lie, un réseau originel, invisible en surface pour qui les observerait comme de petites pousses éparses. Qu’ils arrivent jusqu’à nous ou soient montrés dans les festivals internationaux de cinéma n’est pas un hasard : ils portent en eux la nécessité et la simplicité d’un monde commun. On y retrouve alors le désir de raconter ce monde comme un rêve à partager. Il y a Nikolay et son rêve de liberté dans la Bulgarie fermée de l’URSS (Le Rêve de Nikolay). Il y a le souvenir de Rouch et Morin à la recherche du bonheur, dont la Chronique d’un été a laissé des traces dans le cœur de cette nouvelle génération de cinéastes (Reprendre l’été). Il y a ce petit garçon géorgien, Luka, dont les rêves de danse semblent irréalisables (Listen to the Silence). Il y a Olga, qui, l’espace d’un film, s’attèle à faire revivre les premières soirées électro russes, juste après la chute du mur de Berlin (Moi, Gagarine)… Au gré des rencontres, peu à peu, se dessine à travers ces films un espace imaginaire, mais commun malgré tout.
Cette programmation Docmonde est majoritairement composée de premiers films. Les réalisateurs nous y racontent quelque chose de la jeunesse, persistante, difficile, dont la beauté réside dans le fait de vivre dans l’instant. Dans Vivre riche, c’est la débrouille des gars d’Abidjan, qui vivent de petites arnaques. Dans Don’t Press Stop, c’est le groupe d’amis de Maria Morina et les désillusions de leur nouvelle vie d’adultes, loin de leurs rêves. Dans Le Koro du bakoro, c’est simplement, pour ceux de la rue, la nécessité de sa propre existence… Et les réalisateurs eux-mêmes essayent, expérimentent les formes de récit et jeux d’images. Comme cette toute nouvelle pousse : Diane Kaneza, étudiante burundaise au Master de réalisation documentaire de Saint-Louis (Sénégal) dont nous montrerons le film de fin d’études : Mon identité.
Tous ces films forts d’une promesse, nous les découvrirons ensemble en présence des auteurs-réalisateurs (ou devrions-nous dire autrices-réalisatrices, tant elles sont nombreuses !) emblèmes d’une relève du cinéma documentaire dans le champ du monde.

Madeline Robert et Jean-Marie Barbe


Débats animés par Madeline Robert et Jean-Marie Barbe.
En présence des réalisateurs et/ou des producteurs.