Les États généraux du film documentaire 2016 Édito

Édito


Depuis notre préambule à cette vingt-huitième édition, en juin dernier, il nous serait bien difficile de manifester un quelconque enthousiasme concernant l’état du monde. Mais le monde est ce que nous en faisons et nous ne sommes pas seuls à le faire, ni tout-puissants, ni impuissants. Nous énoncions quelques raisons de nous retrouver à Lussas pour partager une parole publique autour de films qui ont l’ambition de penser le cinéma comme une expérience, une tentative de transformation du monde qui ne peuvent passer que par une forme d’engagement, par la pensée, l’action, l’imagination.
Partager ces expériences nous parait aujourd’hui encore davantage relever d’une nécessité et nous renforce dans nos intentions artistiques et politiques.
Le cinéma documentaire, par l’entremise des réalisateurs et réalisatrices, a le désir d’aller voir et écouter ce qui bruisse, ce qui couve, ce qui se passe dans les failles, les interstices, aux marges — c’est sa conscience politique – pour s’opposer à cette tendance délétère à généraliser, camoufler, divertir, étouffer, refouler… Il faut que les courants soient vigoureux et les mouvements obstinés pour résister à cette domination qui bat le rythme du spectacle. Pour résister au déferlement des images, exercer sa responsabilité et son esprit critique, nous prendrons le temps d’interroger la violence des images, avec discernement en compagnie de nos quatre intervenants de Bataille des images, pour comprendre ce que le cinéma peut encore.
Alors, aujourd’hui, concevoir le film comme un espace pour une expérience commune revêt toute son importance. Un espace partagé dans la fabrication du film puis la projection publique. C’est à cette réflexion que l’atelier « Les bonnes manières » notamment nous invite : imaginer des manières de faire, de dire, et la mise en relation d’un film — de ses auteurs — et d’un public — ses spectateurs — pour mettre en circulation la parole. Ces films « faits avec », qui accordent autant de place au processus qu’au résultat, qui puisent leur forme de l’expérience du faire ensemble, jalonneront toute la semaine. Des propositions aux formes très différentes les unes des autres mais qui ont une exigence commune à penser leur inscription dans le monde ; reste à nous ouvrir chaque fois à ce qui peut nous être inhabituel, spectateurs à fois critiques et accueillants.
Que veut-on raconter ? Comment faire et que veut-on ensemble ?
Avec nos invités, depuis notre place à tous, penser une tentative de préhension du monde, à la fois modeste et ambitieuse, lucide et responsable.

Pascale Paulat et Christophe Postic