Les États généraux du film documentaire 2013 Édito

Édito


Dans sa tentative de représenter le monde et ceux qui le peuplent, dans ce désir de saisir une altérité ou de la faire surgir pour nous y confronter, dans cette ambition d’incarner une figure ou une parole pour révéler une histoire et rendre visible les inapparences, comment le cinéma documentaire témoigne-t-il de ce et de ceux qui sont tenus à la marge, des rapports de pouvoir ou d'inégalité ? Par un geste d'hospitalité, une forme de poésie, un acte de dévoilement et d'engagement, écrivions-nous en invitation au séminaire désormais intitulé « Le peuple à l’écran ? » Cette forme interrogative laissera ouverte la réflexion à laquelle Emmanuel Alloa, Georges Didi-Huberman et Marie-José Mondzain nous convient.
Tout autant à cette préoccupation d’un cinéma en prise avec le monde qui l’entoure, Pierre-Yves Vandeweerd et Philippe Boucq nous livrent pour leur dernière sélection d’« Expériences du regard », des films investis d’une nécessité d’agir, où filmés et filmeurs se mobilisent pour une liberté de parole et de regard, une conscience de citoyens, une conscience de cinéma.
L’engagement associé à « l’exercice d’une libre volonté » caractérise également le cinéma social belge dont Henri Storck est le précurseur. Son œuvre protéiforme résonne tout au long de « l’Histoire de doc : Belgique », et ses contemporains comme ses successeurs sont porteurs de cet esprit d’indépendance. Cette conscience de cinéma se manifeste autrement dans les récents documentaires allemands de la « Route du doc ». Par une forme d’observation souvent distanciée, précise et rigoureuse, leurs réalisateurs témoignent avec force des mutations et dérives inquiétantes de nos sociétés. Ce cinéma allemand est aussi l’occasion d’une confrontation à l’histoire collective, familiale ou individuelle et d’une nécessaire mise au travail de la mémoire — des enjeux qui traversent de nombreux films du programme du « Plein air », de l’Afrique et des « Séances spéciales ». Mais cette confrontation nécessaire à l’histoire est parfois mise en péril par une forme de falsification des images dont la télévision se fait complice, refusant au spectateur l’exercice de son libre arbitre, de son libre regard. Dans le second séminaire, « La voie des images », avec Sylvie Lindeperg et Jean-Louis Comolli, nous regarderons donc ce que sont et ce que deviennent aujourd’hui les images d’archives, ce dont elles témoignent et ce qui résiste en elles « qui tient à la nature même du cinéma ».
La programmation « Fragments d’une œuvre » réunit quant à elle, quatre réalisatrices qui manifestent par leur cinéma une résistance, une conscience d’être au monde, une liberté de pensée et d’écriture radicale qui peut reposer sur le saisissement d’un éclat du temps, d’une relation, un attachement à la matière des choses et des êtres, à la mémoire et aux émotions.
Et depuis cette année, pour prolonger le temps du festival, des projections bimestrielles sont proposées au cinéma "Le Regain" du Teil tout au long de l'année, en partenariat avec la communauté de communes Rhône-Helvie. Nous tenons également à souligner le fidèle engagement à nos côtés de l'ensemble de nos partenaires dont le précieux soutien est essentiel à la pérennité du festival et au développement de nouvelles initiatives.

Pascale Paulat et Christophe Postic