Les États généraux du film documentaire 2013 Afrique

Afrique


Cette sélection Afrique est la dernière en tant que telle. En effet, après dix ans de soutien au développement du documentaire africain, un constat peut être fait : une jeune génération de cinéastes documentaristes et de producteurs indépendants est sur pied. De l’Afrique subsaharienne francophone à la zone du Nord Maghreb, désormais, chez nombre d’auteurs, une conscience, une prise de possession des formes cinématographiques est là ! Bien sûr, tout ceci reste fragile, mais nous pouvons observer ce mouvement par la présence de plus en plus importante de ces films dans nombre de festivals aujourd’hui.
Il faut souligner l’immense apport des auteurs de la diaspora, enfants nés en Europe, qui font du continent africain le terrain de leurs films avec une belle distance critique : ils osent, ils contournent les interdits.
Derrière ce constat, il y a un travail de formation accélérée et de formation initiale mené par une myriade d’initiatives, nées pour la plupart il y a une dizaine d’années. C’est dans cette réalité que s’inscrit le programme Africadoc. Ainsi, la trentaine de structures de production et la centaine d’auteurs formés depuis dix ans nous encouragent à franchir un stade : inscrire ces films dans une sélection plus vaste, celle de la cinématographie naissante des pays du Sud.
En parallèle, au village documentaire de Lussas, Docmonde mène, avec un réseau de producteurs indépendants, un programme de formation pour l’émergence d’un réseau international de réalisateurs et de producteurs indépendants : une « Internationale documentaire ». L’ID est en train d’éclore ; elle devrait rassembler d’ici quelques années une douzaine de régions du monde, essentiellement des pays du Sud et des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et créer un réseau de coproductions et de distribution équitable de documentaires d’auteurs Sud-Nord, Nord-Sud, Sud-Sud. C’est dans cette dynamique que s’inscrira, dès 2014, notre sélection africaine. Il n’est pas question de réduire la visibilité des films africains que nous choisirons mais de les intégrer dans un ensemble plus large où ils seront moins ghettoïsés et rejoindront des documentaires européens, d’Asie centrale, du Caucase et de l’océan Indien. Une carte du monde dessinée par des films d’auteurs...
Dans ce moment de transition que représente l’édition 2013, la sélection « Afrique » va comprendre trois temps. Un premier temps avec une ouverture sur l’espace océan Indien et le plus grand des pays de la zone : Madagascar. Depuis plusieurs décennies, la situation de la production et de la création documentaire y est sinistrée. Les films produits et réalisés par des Malgaches vivant à Madagascar se comptent sur les doigts de la main. Cependant, depuis quelques années, des films se font, des coproductions se nouent à travers la dynamique des Rencontres annuelles du film court de Tananarive et des ateliers Doc Oï que mènent Ardèche Images et Doc Monde à Tamatave - la deuxième ville du pays.
Nous avons choisi de vous présenter quatre films. Le premier projet achevé et issu de ces élans est celui de Lova Nantenaina, formé à l’Esav de Toulouse. Le réalisateur de Avec presque rien nous propose un éloge de la débrouillardise au cœur de la pauvreté et tente de saisir la dignité qui prévaut dans l’invention de métiers fondés sur la récupération et l’autoproduction.
Les trois autres films sont les tout premiers jamais réalisés à Tamatave par de jeunes Malgaches. Ils documentent des réels extrêmement variés, mais leur puissance première est surtout de nous plonger à l’intérieur de ces théâtres de la comédie humaine malgache que sont une famille de paysans, un groupe d’étudiants à l’université, une école d’un village de la périphérie. Au-delà de leur valeur documentaire stricte, il est aussi intéressant de découvrir et d’interroger la variété de leur style et mode de récit cinématographique, alors que tous ont été accompagnés par les mêmes équipes techniques.
L’après-midi sera consacré à trois premiers films. Tout d’abord, Avant l’audience, une œuvre posthume. Yssouf Kousse et Jean-François Hautin, avec le concours du producteur Yves Billon, ont réalisé le montage de ce film d’Aimé Kouka Zongo (Burkina Faso). Sa projection nous tient tout particulièrement à cœur. En investiguant la question des détenus en attente de procès à Ouagadougou, le film s’inscrit dans ce mouvement artistique et solidaire où Aimé Kouka Zongo voulait creuser son sillon d’indépendant, considérant très clairement le film documentaire comme un outil aux mains de la société civile burkinabé. Suivra ensuite le film du Béninois Faissol Gnonlonfin, Obalé le Chasseur, assez exemplaire par la justesse de sa mise en scène documentaire. Enfin, le troisième film de l’après midi, Atalaku, de Dieudo Hamadi, interroge le fonctionnement des élections et de la démocratie politique à Kinshasa dans la pure tradition du cinéma d’immersion.
Enfin, la soirée sera entièrement consacrée aux deux derniers films de Nadia El Fani, Laïcité Inch’ Allah ! et Même pas mal, qui constituent désormais une sorte de preuve par l’exemple que le cinéma peut bien sûr être un outil majeur de résistance. Nous ne manquerons pas cependant, au-delà du débat sur la situation tunisienne, d’analyser la construction cinématographique de ces films dans lesquels se mêlent, dans un même mouvement, la lutte pour la vie et la lutte politique.

Jean-Marie Barbe

Débats en présence de Nadia El Fani, Faissol Gnonlonfin, Dieudo Hamadi, Lova Nantenaina.