Les États généraux du film documentaire 2010 Journée Scam

Journée Scam


Frontière

En ce moment, une phrase, - une sentence ? - fait florès au sein du pôle documentaire de France Télévisions : « Nous avons réussi à abolir la frontière entre le documentaire et le divertissement ».
Curieuse assertion ! Que signifie-t-elle donc ? Elle démontre tout simplement la toute puissance de l’audimat/divertissement sur le genre documentaire ; l’audimat n’ayant pas de frontière comme l’économie mondiale envahit le territoire documentaire. Comme l’économie mondialisée effaçant les frontières a envahi le territoire de l’économie réelle. On en constate le résultat. L’audimat produit le même effet, il imagine un spectateur idéalement moyen pour en rassembler le plus grand nombre, quel que soit le territoire d’intérêt de chacun d’entre eux. L’audimat abolit la frontière propre à chaque spectateur. C’est, en statistique, le plus petit dénominateur commun. Or chaque auteur de documentaire définit son propre territoire. Par là, il choisit à qui s’adresser ; cela ne l’empêche pas d’atteindre à l’universel qui ne peut se définir statistiquement à l’inverse de l’audimat. Il y a bien une frontière entre Racine et Corneille ou entre Marivaux et Beaumarchais : elle s’appelle le style propre à chaque auteur mais tous les quatre sont citoyens du territoire théâtre. Bien sûr, ce quatuor souhaitait la plus large audience, c’est légitime, mais pas au prix de l’abandon à la démagogie du spectateur moyen qui rabote tout style, toute singularité, donc toute frontière.
La Scam propose cette année quatre documentaires de style : Ça rime et ça rame comme tartine et boterham de Isabelle Dierckx ; Puisque nous sommes nés de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana ; La Main de Dieu de François Sculier et Nostalgie de la lumière de Patricio Guzmán.
Quatre styles, cinq auteurs qui eux aussi souhaitent la plus large audience mais pas au prix de l’asservissement à l’audimat/divertissement.
Et, vous le constaterez, ces quatre documentaires sont passionnants.
Enfin, la journée Scam se terminera par la projection de Vive le son ! Florilège sonore du film documentaire de François Porcile : une commande de la Scam en partenariat avec l'Ina et la Sacem. Une histoire du territoire documentaire depuis l’invention du cinématographe. Soixante-sept styles, soixante-sept auteurs et soixante-sept compositeurs car c’est à l’aide de leurs musiques que François Porcile a composé la partition de cette longue histoire singulière, celle du documentaire.

Guy Seligmann

P.-S. : Le « m » de Scam signifie « multimédia » : n’oubliez pas la « Nuit de la Radio » sur le thème Les Oreilles ont des murs le jeudi 26 août à 21h00, sous le ciel étoilé de Saint-Laurent-sous-Coiron.


Coordination : Journée présentée par Guy Seligmann.


Invités : Débats en présence des réalisateurs.


La soirée sera présentée par Guy Seligmann (Scam) et Aline Jelen (Sacem).