Les États généraux du film documentaire 2009 Journée Sacem

Journée Sacem


Fidèle aux États généraux du film documentaire, la Sacem a souhaité cette année encore proposer une journée consacrée au documentaire musical. En accord avec Pascale Paulat et son équipe sont programmées deux sessions prolongeant des débats déjà initiés dans l’enceinte des rencontres de Lussas, mais traités du point de vue de la musique et de sa capacité à « faire sens ». Comme à l’accoutumée, la journée sera clôturée par la remise du Prix du meilleur film documentaire décerné par la Sacem pour 2009. Avant de dévoiler plus avant la teneur de cette journée, il importe de noter le changement de jour de ce rendez-vous traditionnel proposé cette année à mi-course des États généraux, le mercredi 19 août.
Pour commencer la journée, une carte blanche confiée à Michel Follin montrera certaines de ses réalisations peu connues et peu diffusées, permettant d’une part de faire un lien avec des problèmes de société dans Le Madrigal des amants et Pardesi (L’Étranger), et, d’autre part, d’interroger la question « comment filmer la musique » en écho au film de Chantal Akerman Trois strophes sur le nom de Sacher de Henri Dutilleux.
L'après-midi sera consacrée à une sélection de films proposée par François Porcile sur la thématique « Images et musiques de propagande (1936-1949) », illustrée par des films et extraits de films particulièrement forts de cette période troublée. Le rôle donné à la musique pour conforter les discours filmiques à l'œuvre dans diverses dictatures et l'usage qui en est fait au même moment, du côté de démocraties en situation de résistance, seront évidemment au cœur de ce moment privilégié.
Enfin, pour terminer la journée, une projection du film Boris Vian, la vie Jazz réalisé par Philippe Kohly, retenu par la Sacem comme meilleur documentaire musical de création pour 2009, sera proposée, tandis que, comme à l’accoutumée, son Prix sera remis au lauréat à l'issue de la soirée.
Bonne journée Sacem et bons États généraux à Lussas.

Aline Jelen

…De quelques histoires de musique

Cinéaste gourmand de musique, d’histoires et de récits, exigeant quant à leur écriture, je vous invite à partager trois films, trois histoires de l’histoire de la musique d’hier et d’aujourd’hui.
Cherchez l’histoire. Est-ce qu’il y a un scénario derrière la musique ?
Formé dans l’exigence du montage que j’ai pratiqué auprès de nombreux documentaristes de la télévision des années soixante - soixante-dix, aujourd’hui je me laisse souvent guider par l’instinct et l’affect.
À ce titre, la musique me comble.
Confronté à l’œuvre musicale et ses auteurs, je me suis toujours attaché à ce que la musique ait la parole, qu’elle raconte. « Raconte-moi une histoire… » dit l’enfant. « Raconte-moi ton histoire… » ai-je demandé à Ligeti, Dusapin, Solal, mais aussi aux interprètes et aux œuvres elles-mêmes comme le Boléro. Tous nous racontent le monde qui nous entoure et comment il s’inscrit dans leur art.
Alors que dans la hiérarchie des arts, la musique serait la moins visuelle, je peux grâce à leurs histoires, comme par surprise, faire surgir mes propres images : leurs réels deviennent mon scénario.
Prédateur, je m’empare de toute cette matière objective et subjective pour offrir et partager, après un travail d’image et de montage, ce que j’espère être un moment de cinéma.

Michel Follin

Images et musiques de propagande (1936-1949)

Au temps du muet, Abel Gance affirmait : « Quand on veut électriser les foules, il faut avant tout parler à leurs yeux ». Avec l’arrivée du film sonore, Goebbels pourra ajouter « …et à leurs oreilles ». « Lorsque nos héros découvriront la parole, les œuvres cinématographiques pourront exercer une énorme emprise », confiait Staline à Eisenstein.
Aussi vieille que les pouvoirs, la propagande s’est appropriée d’emblée les moyens modernes de diffusion : image, son, puis parole synchrone. La T.S.F. et le haut-parleur ont efficacement relayé le dessin et l’affiche. Le film s’étant imposé comme le meilleur véhicule de diffusion des propagandes, il était normal que la période la plus foisonnante du cinéma de propagande, celle de la montée des périls et de la seconde guerre mondiale, ait coïncidé avec les premières années du cinéma sonore.
La propagande a toujours eu besoin d’un support musical, pour exalter son propos ou dénigrer l’adversaire : musiques de répertoire ou partitions originales, elles constituent une arme dans la panoplie de conditionnement du spectateur. Darius Milhaud et Charles Koechlin militent contre la politique de non-intervention dans la guerre d’Espagne (Espoir et Victoire de la vie), Prokofiev se dresse avec Eisenstein contre la menace teutonique (Alexandre Newski), et Chostakovitch, contraint et forcé, doit célébrer Staline (La Chute de Berlin) ; Chaplin compose lui-même la musique de sa caricature de Hitler (Le Dictateur), et Hanns Eisler assimile l’agonie du gauleiter Heydrich à la mort d’un rat (Les bourreaux meurent aussi). Experts en dérision, les Anglais « remontent » au rythme du Lambeth walk les défilés nazis de Nuremberg que magnifia le compositeur Herbert Windt avant de se faire le barde de la beauté aryenne filmée par Leni Riefenstahl (Les Dieux du stade).
Antisémite notoire, Wagner est requis pour accompagner Le Juif éternel de Fritz Hippler, surintendant du cinéma nazi, de même que Les Préludes de Liszt servent à stigmatiser la misère soviétique (Face au bolchévisme). Mais ces mêmes Préludes seront récupérés par les Américains, pour rythmer les images des bombardements de Berlin (La Loi du talion). Ainsi, une même musique peut servir d’enjeu à un ping-pong idéologique. Les quatre coups du destin de la Cinquième Symphonie de Beethoven, identitaires de la BBC comme de la France libre, accompagnent tout autant l’avancée des troupes de la Wehrmacht en territoire soviétique dans les magazines d’actualités nazis.
Mais, en marge de ce catapultage réciproque des propagandes ennemies, existait une autre voie, suivie par les documentaristes britanniques : « Nous étions convaincus que notre travail consistait à faire de la propagande en faveur de la foi en la démocratie », déclarait Edgar Anstey, en écho à son « patron » John Grierson : « En temps de guerre comme en temps de paix, la force réside en l’espoir, et la propagande la plus avisée est celle qui entretient l’espoir. » De cela, pas de meilleure illustration que Listen to Britain de Humphrey Jennings (1942), admirable blason sonore d’un pays en état d’alerte, en état de résistance.

François Porcile


Invités : Débats en présence de Michel Follin, Philippe Kohly, François Porcile et Aline Jelen.


Remise du Prix Sacem du meilleur documentaire musical mercredi 19 août à 21h15.