Les États généraux du film documentaire 2008 Scam : Nuit de la radio

Scam : Nuit de la radio


Nous sommes devant notre bibliothèque sonore. Sur les étagères, dorment les sons. Cette « Nuit » de la radio, comme les six précédentes que nous vous avons proposées, est une invitation à tourner les pages du temps. Invitation à retrouver des œuvres et des sons oubliés, certains émaillés de défauts et d’incertitudes pour l’oreille contemporaine… mais si émouvants. Elle n’a que cent ans la radio, mais cent ans de voix d’écrivains, de cinéastes, d’artistes, de comédiens, de politiciens…
En quelques décennies à peine, des générations de voix se sont posées devant le micro. Des voix « cinquante », teintées de « parigot » comme celle d’Arletty, des voix « soixante », des voix d’aujourd’hui… Le naturel contemporain a remplacé le naturel d’après-guerre, le dialogue et l’interview ont changé de lois. Quarante ans nous séparent d’une émission d’information où, d’un ton sépulcral, Hitchcock répondait aux questions rugueuses d’un journaliste. Dans ce monde de l’image, le son n’a-t-il pas une présence physique singulière? En ce moment fragilissime pour le service public, donc pour la création, donc pour l’exploration du monde, donc pour le partage culturel…, redoublons de respect et d’attention pour ces trésors et pour le service public qui permet de les conserver et de les faire revivre. Protégeons la création radiophonique car elle nous protège.
Christian Clères, de la commission sonore de la Scam, avec Yves Nilly, administrateur du répertoire radio de la SACD, en collaboration avec Véronique Jolivet, documentaliste passionnée de l’Institut national de l’audiovisuel, ont réécrit l’histoire : à partir d’émissions réalisées dans un autre contexte et qui n’avaient rien en commun, ils vous livrent des images sonores, par petites bouchées, en confrontant époques et contenus. Une déambulation dans le son-fiction et le son-documentaire où, surprise, les éléments disparates forment un tout. L’infini nocturne de l’astrophysicien, le chuchotement dans la forêt, le pas du cheval aveugle dans la mine, trouvent une cohérence dans une nouvelle œuvre au noir et nous espérons que le festivalier se perdra dans la nuit.

Eve-Marie Cloquet
directrice de l'Action culturelle de la Scam.

Proposé par Christian Clères, membre de la commission sonore de la Scam et Yves Nilly, vice-président de la SACD, délégué à la radio.
Un programme réalisé avec la participation de Véronique Jolivet (archives Ina) et de François Godefroy (mixage).


Sur la grande terrasse, un programme à écouter casque sur les oreilles

Inferno (1er extrait)
Christine Bernard-Sugy
Le récit ou le « roman » Inferno a été écrit par Strindberg en français, en 1897. Strindberg raconte en partie sous forme de souvenirs, en partie sous forme des extraits de son journal intime, ou présentés comme tels, la série de crises psychiques qu’il traversa à partir de l’été 1894, après son retour à Paris et jusqu’à l’automne 1896.
Fiction, 2005, 2'07
Auteur : August Strindberg
Adaptation : Juliette Heymann
Interprétation : Jean-Michel Dupuis
Bruitage : Jean-François Bernard-Sugy
Musique : Dominique Massa
Diffusion : France Culture

L'Hôtel des Belges
Thierry Genicot
En parallèle, la description de l’ambiance d’un hôtel en baie de Somme, géré par des Belges, lieu de loisir et de gaîté et celle du labeur des pêcheurs d’anguilles et cueilleurs de salicornes de la région…
2001, 6'33, Belgique
Production : La Chambre d'écoute asbl, avec le soutien du FACR
Diffusion : RTBF

Inferno (2e extrait)
Christine Bernard-Sugy
Fiction, 2005, 3'31
Auteur : August Strindberg
Diffusion : France Culture

La Lumière du noir
Elyane Milhau
À la recherche de l’épure… La couleur noire, très simple, permet à Claire Illouz de coucher sur le papier la forme première. Le noir du fusain est le résidu de la combustion mais n’a rien de sinistre… Partisan d’une Renaissance noire, le philosophe Bruno Pinchard évoque le soleil noir de la mélancolie. Dans son texte, Quelque chose de noir, Jacques Roubaud parle de l’impossibilité de dire la mort d’un être aimé. Sonia Rykiel assume le noir, son drapeau, le noir, qui peut tuer, le noir couleur indécente.
2000, 13'12, émission La Matinée des autres
Présentation : Pascale Limonde
Texte de Jacques Roubaud : Quelque Chose de noir
Avec Pierre Soulages, Claire Illouz, Bruno Pinchard et Sonia Rykiel
Production : Michel Cazenave
Diffusion : France Culture

La Dame de Shanghaï
René Wilmet
Adaptation radiophonique, à partir du célèbre film d’Orson Welles, lui-même adapté du roman de Sherwood King, If I Die before I Wake.
Fiction, 1949, 3'28
Auteurs : Orson Welles, Sherwood King, Jacques Marcerou
Interprétation : Arletty, Roger Pigault, Marcel Dalio, Louis Seigner, Jean Temerson, Jean d'Yd, Louis Arbessier, Jane Marken, Gaëtan Jor, Pierre Olivier, Pierre Michau, Geneviève Morel
Diffusion : Chaîne nationale (Radio diffusion française)

Paris vous parle
Interviewé par Pierre Dumayet, Brassaï se souvient… Ses débuts de photographe à trente ans, ses souvenirs de Paris la nuit, ses visites nocturnes chez des inconnus, son goût du hasard des rencontres.
1952, 2’25
Journaliste : Pierre Dumayet
Intervenant : Brassaï
Diffusion : Chaîne nationale (Radio diffusion française)

Les Aveugles
Brice Cannavo
Le texte de Maurice Maeterlinck traite d’une cécité symbolique. Que reste-t-il de l’humanité lorsque la Lumière cesse subitement d’éclairer nos consciences ? La pièce radiophonique a été lue et jouée par des enfants et des adolescents aveugles pour la plupart. Cette relecture du sujet maeterlinckien s’attache alors à une autre symbolique, non plus à l’échelle de l’humanité et de son rapport avec l’immatérialité de son guide disparu, mais à présent à l’échelle de la vie. L’auditeur est ici le troisième maillon de la chaîne du noir : personnage – interprète – auditeur.
Avec les voix et la participation des élèves de l'Institut Alexandre Herlin
Prix SACD, Festival Radiophonic 2007
Fiction, 2007, 4'23, Belgique
Auteur : Maurice Maeterlinck
Production : Halolalune asbl
Diffusion : RTBF

Inter Actualité
On est à New York. Il fait trente-cinq degrés à l’ombre. Survient une panne de courant générale qui plonge la ville dans le noir…
1961, 2'07
Journaliste : Pierre Crenesse
Diffusion : Paris Inter (RTF)

Trois Semaines après le paradis
Christine Bernard-Sugy
Dans ce texte écrit « sur le vif » et à la première personne, le dramaturge américain Israël Horovitz livre non seulement un témoignage singulier et exceptionnel sur la journée du 11 septembre 2001 (habitant tout près des lieux de la tragédie, il a craint un temps pour la vie de son fils), mais aussi les réflexions et les questionnements qui, au-delà de l'émotion et de la peur, se font jour face à un tel événement.
Fiction, 2007, 4'10
Auteur : Israël Horovitz
Assistante réalisation : Alexandra Malka
Interprétation : André Dussolier
Musique : Sylvain Le Provost
Traduction : Jean-Paul Alegre, Nathalie Gouillon
Diffusion : France Culture

Le néo-polar, vingt ans après
Bruno Sourcis
Né en 1948, l’écrivain James Ellroy est le fils d’un soldat de la première guerre mondiale et d’une mère alcoolique. En rentrant chez lui, un jour, il trouve sa mère assassinée. Jamais on ne retrouva l’assassin. Il entre dans l’émission en chantant et se souvient… Même quand il n’avait plus de maison, il dévorait des romans policiers…
1990, 5'05, émission Les Nuits magnétiques
Intervenant : James Ellroy
Production : Colette Fellous
Diffusion : France Culture

Le Dahlia noir
Claude Guerre
À Los Angeles, en 1947, le corps d’une jeune starlette, Elizabeth Short, est retrouvé atrocement mutilé. Ce crime horrible, le plus sadique qu’ait connu la ville dans les années 1940, ne sera jamais élucidé. Quarante ans plus tard, avec Le Dahlia noir (publié en 1987), James Ellroy semble avoir commencé à exorciser le meurtre de sa propre mère.
Fiction, 1991, 3'38
Auteur : James Ellroy
Adaptation : Michel Quint
Interprétation : Bernard-Pierre Donnadieu, Christian Ruche, Marcel Tassimot, Caroline Chaniolleau, Jean-François Delacour
Traduction : Freddy Michalski
Diffusion : France Culture

Plein Feu sur les spectacles du monde
Interview d’Alfred Hitchcock, réalisée lors de la sortie de Psychose. « Pourquoi voulez-vous faire peur aux spectateurs ? » – «… Les gens adorent avoir peur… Pour quelle raison ? Cela reste un grand mystère pour moi ! »
1960, 3'22
Présentation : Jacques Marcerou
Intervenant : Alfred Hitchcock
Production : René Wilmet
Diffusion : RTF

Le Brame du cerf
Stéphane Dupont
Deux jeunes gens de la région de Ciney partent rejoindre les « écouteurs du brame du cerf ». Chuchotements dans la forêt…
1996, 4'42
Belgique, émission Quatrième Dimension
Son : Jean Franchimont
Diffusion : RTBF La Première

Fred Vargas ou le polar d'anar
Didier Lagarde
Fred Vargas parle du roman noir et de la frontière entre l’homme et l’animal. Lecture à deux voix d’un extrait de L’Homme à l’envers.
2000, 5'36,émission Attention à la littérature
Présentation : Claude Mourthé
Intervenant : Fred Vargas
Production : Claude Mourthé
Diffusion : France Culture

Un an à Thulé
Entretien mené par Carole Pither avec Jocelyne Olivier-Henry, ethnologue, nutritionniste qui a passé un an chez les Esquimaux au Groenland, partageant la vie d’une communauté de soixante habitants, dix-sept maisons, vivant de chasse et approvisionnée une fois par an par un bateau. L’ethnologue évoque sa façon de vivre parmi eux, le rôle de la femme chez les Esquimaux, la nourriture, la vie pendant la nuit polaire.
1992, 3'15, émission L'Échappée belle
Journaliste : Carole Pither
Intervenant : Jocelyne Olivier-Henry (ethnologue)
Diffusion : France Culture

L'Obscurité
Pascale Rayet, Cécile Koenig
Sur le sens des écritures et des inscriptions sur les murs des catacombes.
1999, 2'17,émission La Vie comme elle va
Présentation : Francesca Piolot
Reportage : Monica Fantini
Production : Francesca Piolot
Diffusion : France Culture

Michel Siffre : l’expérience du gouffre de Scarasson
Michel Siffre raconte son expérience d’isolement souterrain, effectuée dans le gouffre de Scarasson, où il a séjourné soixante jours pendant l’été 1962. Les conditions d’isolement, les troubles de la vision, le froid, l’humidité, l’obscurité, le temps biologique. Lecture d’extraits de son journal de bord.
1964, 6'35, émission Au seuil de l'aventure
Journaliste : Victor Azaria
Intervenant : Michel Siffre (spéléologue)
Diffusion : France Inter

Les Taupes humaines
Elisabeth Miro
Dans l’obscurité, tout s’efface, les mineurs sont seuls, entre eux, solidaires. Il faut produire pour obtenir de meilleurs salaires. La solidarité est seule garante de la survie des équipes de taille. Dans les galeries, en bas, ils partagent la vie des chevaux, compagnons et outils de travail. La vie d’un mineur compte moins que celle d’un cheval. Couché, allongé, le mineur abat le charbon dans des conditions épouvantables. Il affronte des chaleurs irrespirables, nu comme un ver. Il n’a plus qu’une seule identité : son numéro matricule gravé sur sa lampe.
2003, 5'37, coédition : France Bleu, Frémeaux et Associés et le Centre historique minier de Lewarde
Coffret Paroles de gueules noires, sous la direction de Janine Marc-Pezet
Production : Atelier de Création de l’Est, Radio France
Diffusion : réseau France Bleu

La Mariée était en noir
Pierre Billard
Au début des années 1950, le polar se dévore à toutes les sauces. Apparue en 1952, la première émission de Pierre Billard se compose d’une dramatique policière inédite ou adaptée d’un livre. Petit à petit, il s’entoure d’une équipe d’écrivains tels que Pierre Boileau, Thomas Narcejac, Jean Cosmos ou encore François Billetdoux. Il leur propose en 1957, de participer à la réalisation de son nouveau programme : Les Maîtres du mystère, produit avec Germaine de Beaumont. Au début, le principe est d’adapter des romans policiers pour la radio. Mais très vite, Billard s’aperçoit que de bons ouvrages ne font pas forcément de bonnes adaptations et décide de se concentrer sur la mise en ondes de pièces originales. En 1958, il demande à Pierre Rolland d’adapter le magnifique roman de William Irish.
Fiction, 1958, 4'15, émission : Les Maîtres du mystère
Auteurs : William Irish, Pierre Rolland
Interprétation : Louis Arbessier, Roger Carel, Rosy Varte, Jean Brunel, André Var, Marie-Jeanne Gardien, Henri Virlojeux, Jacqueline Rivière, Jean Ozenne, Lisette Lemaire, Jean Mauvais, Lucienne Givry
Production : Germaine Beaumont, Pierre Billard
Diffusion : France II régionale (RTF)

L'Humour noir
Une joute oratoire et quelques définitions de l’humour noir par Yvan Audouard, Robert Beauvais, Jean Effel, Henri-François Rey.
1949, 10'07, émission Tribune de Paris
Journaliste : Paul Peronnet
Diffusion : Chaîne nationale (RTF)

L'Obscurité
Pascale Rayet, Cécile Koenig
1er extrait
Confidences du Père Gérard Beneteau de Saint-Eustache sur l’atmosphère de l’église la nuit et sur l’intimité obscure du confessionnal.
1999, 4'25. Reportage de Monica Fantini
2e extrait
Daniel Kunth, astrophysicien, évoque la vision du noir des astronomes et fait part de ses réflexions sur l’obscurité de l’univers, l’obscurité de l’origine de l’homme, l’obscurité du futur.
1999, 5'07, émission La Vie comme elle va. Reportage de Carole Baratoux
Présentation : Francesca Piolot
Production : Francesca Piolot
Diffusion : France Culture

Inferno (3e extrait)
Christine Bernard-Sugy
2005, 2'07
Auteur : August Strindberg
Diffusion : France Culture

À la mairie, deux œuvres intégrales

Un soir de demi-brume
Pierre Billard
Ecrivain précoce, c’est à la radio que François Billetdoux a fait ses apprentissages d’auteur dramatique. Un soir de demi-brume est une œuvre de jeunesse où l’on trouve déjà tous les caractères qui feront l’originalité du théâtre de Billetdoux : un sens aigu des situations fortes, une approche humaine de tous les personnages, une écriture brillante aux détours imprévus et une dimension poétique des images et des mots qui lui appartenait en propre.
Un soir de demi-brume… La référence au poème d’Apollinaire impose le climat de la pièce…
À Pigalle, dans un hôtel interlope au pied de la butte Montmartre, il y a un petit portier de nuit qui rend de menus services à la clientèle et aux initiés de passage, intermédiaire complaisant (en 1954, on ne parlait pas encore de « dealers ») entre les consommateurs toujours en manque, et le gros fournisseur de drogue, toujours prêt à les satisfaire. Mais un jour, le petit portier tombe amoureux d’une jeune fille honnête. Il veut changer de vie et rompre avec le monde de la nuit. Il sait bien que ce ne sera pas facile. Il a peur. Et il a raison d’avoir peur. Sait-il d’où viendra le danger ?
Fiction, 1954, 50', émission Les Maîtres du mystère (émission intégrale)
Auteur : François Billetdoux
Interprétation : Jean-Marie Amato, Maurice Biraud, Jacques Duby, Guy Decomble, Jacques Dynam, Martine Sarcey, Tania Balachova
Production : Germaine Beaumont, Pierre Billard
Diffusion : RTF

Le Cas Jekyll
Christine Bernard-Sugy
L’écrivain Christine Montalbetti découvre l’écriture qui doit être parlée, l’écriture pour le théâtre, à travers ce long monologue inspiré de Stevenson, et écrit pour Denis Podalydès : « Jekyll reconsidère sa vie. Sa jeunesse à la fois laborieuse et fantasque ; ses découvertes scientifiques, jusqu'au geste fantastique de la dissociation. À la fois dans la souffrance et dans la leçon, il oscille entre le récit autobiographique et un effort de ressaisie scientifique qui est le moyen qu'il trouve pour juguler la folie en même temps qu'une expression de cette folie même. Son discours est de plus en plus envahi par la parole insidieuse de Hyde. Celle-ci le contamine, le colonise. Et la confession à l'ami Utterson se transforme progressivement en un dialogue entre Jekyll et Hyde, on comprend alors, qui, est un dialogue ultime, dans lequel chacun est au chevet de l'autre. Derrière Jekyll, il y a toujours Hyde. Et derrière Utterson, il y a nous. La partie se joue donc à plusieurs. On a (peut-être) un seul bonhomme sur scène, mais on est beaucoup, beaucoup plus nombreux.»
Inspiré du roman de R.L. Stevenson, Dr Jekyll et Mister Hyde
Fiction, 2008, 59' (émission intégrale)
Auteur : Christine Montalbetti
Diffusion : France Culture


Invités : Un programme Scam/Sacd/Ina en partenariat avec Radio France.
photo : © Photographies de Brassaï (dit) Halasz Gyula (1899-1984). Dernier métro, station Palais Royal vers 1930-1932Avenue de l’observatoire (phares) ©Estate Brassaï - RMN – Gestion droits d’auteur