Les États généraux du film documentaire 2007 Éditorial

Éditorial



L’actualité du cinéma et son histoire créent du dialogue entre les films, à nous d’en jouer. L’histoire et l’actualité politique, qui nous préoccupent tout autant, entrent aussi en résonance avec les programmations de cette dix-neuvième édition. Des dialogues pour nous raconter le monde tel qu’il avance : à grande vitesse, en méprisant les petites stations et en laissant à quai les voyageurs peu fortunés, trop rêveurs sans doute…
Le sommes-nous rêveurs ? D’essayer de perpétuer un désir de collectif dans le travail et les idées, collectif dont on dit qu’il est inhérent au cinéma ? À Lussas, les États généraux du film documentaire et Ardèche Images en sont issus. La petite utopie fragile tient bon : celle d’essayer de travailler en équipe, de faire connaissance et de faire confiance, d’inventer et de risquer. Oh !
Ce n’est pas facile. Si l’histoire d’un film garde encore ce goût de l’aventure collective, la grande famille du cinéma peine souvent à s’entendre. Le Réseau des organisations du documentaire (ROD) présume du contraire et travaille à une réunion des forces.
Alors, quel(s) collectif(s) aujourd’hui ?
Les étudiants ouvriront la voie avec l’aventure utopique du film collectif, où le groupe devient l’interlocuteur, un véritable « ensemble ». Pour regarder et pratiquer ensemble, les ateliers centrés sur la fabrication des films, « Coupez ! » et « Territoires du sonore », seront de véritables laboratoires d’analyses et d’expérimentations collectives.
Les communautés de travail mises en scène dans « Patrons », phalanstère vampirisé ou emprise des systèmes, sont autant de visions inquiétantes d’un monde sous contrôle. À l’opposé, les communautés aux vies précaires du
quartier de Mafrouza en Égypte, d’où surgit la plus nécessaire vitalité, ouvrent leur porte à une expérience épique de cinéma partagé. Oui, il faut de l’hospitalité et de la générosité. Et si l’on revisite l’histoire, c’est parce que nous la partageons. Elle nous préserve de l’oubli et nous aide à comprendre. Les œuvres de David Perlov et de Ram Loevy, chacune à leur manière, traversent l’histoire d’Israël. Reprogrammer autrement leurs films et en découvrir d’autres dans la perspective historique qu’ils représentent, accompagnés de Yael Perlov et de Ram Loevy, est un choix également porté par le désir de prolonger avec eux notre échange, sur ce cinéma qui pose également la question de comment vivre ensemble.
Le cinéma documentaire finlandais porte aussi le poids de l’histoire et nous verrons combien la transmission doit transformer le monde et non le figer. Transmettre est un geste de travail et d’ouverture nécessaire. Manoel de Oliveira qui a traversé le siècle nous le rappelle par l’exigence historique et la générosité espiègle de son regard. L’histoire de doc du Portugal mettra en perspective ce fragment de l’œuvre du mestre.
Pour parfaire la diversité de ces propositions, nos deux programmateurs aux « Incertains regards » revendiqués et aux choix bien affirmés, ont choisi des films qui travaillent le cinéma, dont on espère que leur métaphore du retour aux sources du salmonidé, ne lui promet pas la fin tragique qu’ils ne manqueront pas de vous raconter.