Les États généraux du film documentaire 2007 Fragment d'une œuvre : David Perlov

Fragment d'une œuvre : David Perlov



David Perlov : la passion du quotidien

« Mai 1973, j’achète une caméra. Je commence à filmer moi-même et pour moi-même. Le cinéma professionnel ne m’attire plus. Je filme jour après jour à la recherche d’autre chose. Je cherche avant tout l’anonymat. Il me faut du temps pour apprendre à le faire. »
C’est par ces mots que David Perlov ouvre son journal cinématographique, tourné durant trois décennies, en 16 mm puis en vidéo, et considéré aujourd’hui comme l’œuvre la plus marquante de l’école documentaire israélienne.
Né à Rio de Janeiro en 1930, fils d’un magicien itinérant, David Perlov arrive à Paris en 1952 pour étudier la peinture. Il se passionne pour le cinéma en découvrant Zéro de conduite de Jean Vigo. Dès lors, il se lie d’amitié avec Henri Langlois dont il devient l’assistant à la Cinémathèque française. En 1957, il réalise son premier court métrage, Tante Chinoise et les Autres, réalisé à partir des dessins satiriques d’une petite fille de douze ans, qui marque son passage de la peinture au cinéma.
David Perlov émigre en Israël en 1958 et s’installe dans un kibboutz puis à Tel-Aviv. À l’époque, le cinéma israélien est dominé par le documentaire de propagande, porte-parole des institutions officielles. Au prix de nombreux conflits, Perlov s’impose rapidement comme un cinéaste exigeant et libre, révolutionnant la pratique documentaire en y introduisant une dimension subjective et poétique. Influencé par la nouvelle vague française, son film À Jérusalem (1963), primé au festival de Venise, annonce l’émergence du cinéma moderne en Israël.
Dans les années soixante-dix, Perlov a réalisé deux longs métrages de fiction : La Pilule, une comédie burlesque, et 42:06, une biographie de David Ben Gourion. Épuisé par de nombreux conflits avec l’administration cinématographique en Israël, il décide d’abandonner le cinéma professionnel et de se consacrer à la réalisation de son Journal. Il commence alors à filmer sa famille, ses amis, ses voyages (notamment en France et au Brésil, son pays natal). Éloge de la vie urbaine, du spectacle de la rue, vision poétique de l’univers intime et familial, le film met en avant le quotidien dont le cinéaste parvient à révéler la profonde humanité et la charge existentielle.
David Perlov aimait citer une phrase de la poétesse israélienne Dalia Rabikovitz : « Face à la réalité, le seul drapeau que je puisse lever, c’est le drapeau blanc. » Désirant consacrer le Journal à l’observation de son quotidien, il a vu la politique « envahir » et pratiquement dominer le film. Le Journal est ainsi marqué par une forte tension entre la petite et la grande histoire, offrant une vision bouleversante des événements dramatiques que traverse l’État d’Israël, à partir de la guerre de Kippour.


Invités : in les Cahiers du cinéma, n° 605, octobre 2005, Paris

Invités : Mira Perlov, Yaël Perlov, et Ariel Schweitzer.