Les États généraux du film documentaire 2007 Journée Scam

Journée Scam



La Scam est depuis longtemps un fidèle soutien des États généraux du documentaire. La fidélité, c’est celle d’un ami, bien sûr, mais l’on se doit aussi d’être fidèle à une promesse comme pour la traduction à partir d’une langue étrangère. C’est bien au nom de cette fidélité que le Conseil d’Administration de la Scam a, l’année dernière, vivement protesté contre la censure, pudiquement appelée déprogrammation, exercée à l’encontre de certains documentaires israéliens.

Or, l’assimilation de ces documentaristes à la politique de leur pays constitue, à nos yeux, une vision simplicificatrice et discriminatoire. Aurait-on, en son temps, déprogrammé des films américains à Cannes en invoquant la guerre du Viet-Nam ? La programmation est une promesse de diffusion ; les Etats généraux se devaient d’y être fidèles.

Certains documentaires israéliens sont reprogrammés cette année. Pas tous. La Scam le regrette et souhaite que les États généraux soient fidèles à leur promesse de programmation et s’engagent à diffuser tous les documentaires israéliens censurés l’année dernière.

Comme tous les ans, la Scam présentera tout au long d’une journée les « Brouillons d’un rêve », sept documentaires qu’elle a financièrement soutenus. Elle est heureuse de le faire, signant ainsi sa fidélité aux documentaristes, à leurs films, à leur diffusion.

C’est bien pourquoi, malgré la diminution des revenus permettant de financer sa politique culturelle, la Scam a maintenu le montant des aides à la création. En cela elle reste fidèle à sa politique.

Guy Seligmann


Un instant au-dessus de nous-mêmes

« La mémoire est un lieu magique où coexistent jadis et maintenant, l’absence et la proximité, la cause et l’effet, les vivants et les morts ; par elle, les êtres sans ubiquité, sans longévité que nous sommes, tiennent ensemble tous les moments, tous les lieux, s’élèvent un instant au-dessus d’eux-mêmes. » (1)

« Brouillons d’un rêve » a quinze ans. Des milliers de projets d’initiative personnelle sont donnés à lire, à voir, par des auteurs à des auteurs, beaucoup de films réalisés (2), trop souvent fabriqués pour la plupart, à mains nues, en terre de résistance et montrés en catimini, tard dans la nuit télévisuelle, ou plus heureusement au sein de ces circuits parallèles. Le 23 août, sept d’entre eux parmi les plus récents, choisis par le jury (3), seront accompagnés par Agnès Bert et Violaine de Villers, vers la lumière ardéchoise.

« Brouillons d’un rêve », aide singulière dont la première pierre fut façonnée il y a quinze ans par Charles Brabant, auteur réalisateur fondateur de la Scam, qui nous a quittés récemment, en laissant d’immenses traces, indélébiles et visionnaires, placées sous le sceau de la création collective, de la générosité, de l’exigence, ouvertes à tous sans exception. À nous de continuer de nous y engouffrer.

Dans ses poèmes politiques, Paul Eluard s’adressant à ses camarades imprimeurs dit : « Nous avions le même métier, qui donnait à voir dans la nuit, voir, c’est comprendre, c’est agir, et voir, c’est être ou disparaître » ; puis, plus loin « Et que la clarté se décide à porter tout le poids du monde. »

Et si, dans la pénombre d’un paysage audiovisuel sinistré, le documentaire, en nous élevant au-dessus de nous-mêmes, pour mieux nous parler, nous questionner, nous éclairer, comme une littérature non consentante, était lui aussi, un imprimeur de liberté.

Jean-Pierre Mast

(1) Pierre Bergounioux cité par Jean-Bertrand Pontalis in En marge des jours (Gallimard)
(2) Budget annuel de 250 000 euros pour 420 projets présentés, 50 retenus. 447 projets aidés, 249 films réalisés.
(3) Jury 2007 : Agnès Bert, Violaine de Villers, Evelyne Clavaud, Carmen Castillo, Catalina Vilar, Marie Dumora, Michaël Gaumnitz et Daniel Cling.


Invités : Débats en présence des réalisateurs.
Cocktail offert par la Scam à l'issue de la journée.