Les États généraux du film documentaire 2006 Scam : Nuit de la radio

Scam : Nuit de la radio


« Il faut une certaine naïveté pour s’intéresser à la fiction » remarquait François Truffaut à propos de Roberto Rossellini. Les cinéastes du réel seraient-ils alors de fins stratèges menés par d’astucieuses arrière-pensées ?
Et l’objet auquel s’intéresserait le documentaire ne fait-il pas toujours l’objet d’une réécriture, ou plutôt d’une inévitable écriture qui scénarise ce qu’on a coutume d’appeler par commodité le réel ?
Rien de tel que d’interroger les pionniers pour fournir quelques éléments de réponse, qu’il s’agisse de Georges Rouquier dramatisant les quatre saisons d’une famille paysanne pour Farrebique, de Henri Storck imposant le choix d’un point de vue pour Borinage, ou encore de Robert Flaherty écrivant avec Nanouk l’esquimau ou L’Homme d’Aran son propre mythe. « C’était un vendeur de génie, en dépit du fait que, en cours de production, il était tout à fait incontrôlable » écrira de lui Michael Powell.
Il y aurait donc toujours écriture et l’on sait à quel point le son en est un élément déterminant.
S’agirait-il alors moins de voir que d’entendre et de raconter ?
Le choix de documentaires sonores proposé aux spectateurs du festival composera comme un petit récit de ces voix/voies d’écriture, dans leurs interrogations historiques mais aussi quotidiennes, dans leurs bruits comme dans leurs mots, dans leur spécificité propre.
« Quand on me demande « pourquoi faites-vous du cinéma ? », je réponds « Pour entendre ». On croit que le cinéma c’est l’image, mais le cinéma c’est le son. » Ainsi s’exprimait Marguerite Duras, conteuse paradoxale, qui aimait s’exprimer « cut », que ce soit à travers le théâtre, la littérature, la radio ou le cinéma.
Semblable à l’écran qui ne restitue l’espace visuel qu’en deux dimensions et vingt-quatre images seconde, l’écran radiophonique n’indique pas les directions, mais seulement les distances ; et, en contrepartie, la mise en perspective des sons constitue l’une des techniques les plus efficaces de la création radiophonique. Mais si la différence entre le proche et le lointain peut faire tant d’effet à la radio, n’est-ce pas essentiellement dû à l’absence de vision ? Reléguer la vue à l’arrière-plan invite à s’interroger sur les propriétés spatiales du son.
Enfin, quelques voix célèbres diront combien la diction, sans autres effets, peut entraîner dans les vertiges d’une écriture.

Martine Kaufmann
Juillet 2006


Invités : Une nuit Scam/Ina, préparée par la commission du Répertoire sonore de la Scam, en partenariat avec Radio France.