Les États généraux du film documentaire 2005 Afrique

Afrique


D’un cinéma « monstrueux » à une histoire du cinéma documentaire
Nombre de films africains ont démarré leur mouvement, leur réalisation, il y a plusieurs années et le temps que met l’idée à devenir un film est encore plus long en Afrique qu’il ne l’est ici, en Europe. Les écrans de Lussas seront donc illuminés de récits documentaires pour beaucoup nés il y a trois ou quatre ans.
Il en est ainsi des films de la nouvelle génération sénégalaise : Sokhna Amar avec Pourquoi ?, Khady Sylla avec Une fenêtre ouverte et Angele Diabang Brener avec Mon beau sourire. Ces documentaires sont emblématiques des premières œuvres issues des formations / rencontres d’« Africadoc » que nous menons depuis maintenant trois ans en Afrique de l’Ouest et centrale.
L’une des autres bonnes surprises de cette édition, c’est donc la confirmation de l’arrivée d’une génération africaine de cinéastes documentaires. Nous inaugurerons cette édition avec le film de Claude Haffner D’une fleur double et de quatre mille autres. Avec ce film esquisse, elle travaille – à partir de la figure du père, Pierre Haffner, théoricien critique du cinéma africain – une première approche filmique de l’histoire de « ce cinéma monstrueux ». L’autre documentaire, Un amour pendant la guerre de Oswalde Lewat-Hallade, partant d’un savoir-faire reportage, glisse en documentaire par empathie avec ses personnages Depuis qu'existe cette sélection documentaire d’Afrique, nous retrouvons avec beaucoup de plaisir des réalisateurs prolixes qui ne cessent de nous ébahir par leurs énergies créatives et un sens aigu de l’astuce permanente, bâtissant, film après film, des œuvres d’auteurs. Ainsi, les deux nouveaux films de Moussa Touré : avec Cinq sur Cinq, il questionne la polygamie au Sénégal sur un mode débonnaire et humoristique. Dans Nanga Def, Il a porté un regard et un questionnement de cinéaste africain face à une classe d’adolescents de la région d’Apt. Monique Mbeka Phoba nous apporte Sorcière, la vie ! Dans ce nouveau film, l’un de ses plus beaux, elle travaille avec beaucoup de puissance ses multiples héritages culturels. Laurent Chevallier, avec Hadja Moï, continue le récit d’ici et d’ailleurs de sa grande famille africaine.
Dans les regards en immersion, nous avons retenu plusieurs films, tous de cinéastes européens, majoritairement de réalisatrices. Représentation de l’intérieur d'une communauté avec laquelle on a lié, à force de temps, la relation qui rend possible « l’acte documentaire juste ». Ce sont les films de Caroline Pochon, La Deuxième Femme, de Lise Gabelier, Serre ta droite !, et de Christian Lelong, Justice à Agadez. La Tente de l’inconnu de Bettina Haasen se distingue par sa maturité et son degré d’aboutissement.
Enfin, deux longs métrages bouclent cette sé-lection : l’un de Dumisani Phakathi, Lâche moi, j’ai 51 frères et sœurs, un voyage exploratoire du réalisateur à l’intérieur de sa propre famille et Sisters in Law du couple Kim Longinotto et Florence Ayisi. Ce documentaire révèle le combat que mènent des femmes juges, en alliance avec des femmes de la société civile, pour en finir avec « la barbarie ».
Autant de présences documentaires qui attestent d’un mouvement constant, d’une identité puissante, dans lesquels l’explicite documentaire, à chaque œuvre, construit une conscience et invente l’histoire du documentaire africain.